23.02.2007
Mirepoix : Deux Mérens sur la route de Compostelle bénis par le père Mario, curé de Mirepoix en Ariège

Mirepoix voit passer de plus en plus de pèlerins sur le chemin de St Jacques ; on les reconnaît aisément : sac à dos, chaussures de marche, bâtons de pèlerin… Mais ce dimanche 3 septembre 2006, ces pèlerins-là ont attiré l’attention de tous : il s’agit d’une troupe d’une dizaine de cavaliers à dos de Mérens, tous noirs bien sûrs, arrivant au grand trot devant le parvis de la cathédrale pour recevoir la bénédiction de M le Curé de Mirepoix avant le grand départ. Les chevaux ferrés font résonner les vieux pavés, quelques hennissements, les touristes qui s’attroupent…..le père Mario Ottaviani sort enfin de la cathédrale juste avant la grand messe de 11 heures et apostrophe les cavaliers avec son accent rocailleux ; c’est une figure de Mirepoix, toujours une anecdote à raconter ; enfant du pays, il connaît bien les chevaux….c’est sûrement un des rares curés de France à avoir travaillé la terre avec des chevaux, à savoir les ferrer….D’ailleurs c’est ce qu’il leur raconte, micro à la main, puis il s’adresse aux deux pèlerins, en français puis en italien…. Car ce sont deux cavaliers italiens avec des Mérens nés en Italie qui vont faire ce pèlerinage et ils ont tenu à démarrer leur aventure depuis l’Ariège berceau de race de leurs chevaux adoptifs. Il y a Adolpho Biolé et Stephano Bazzali originaires du Piémont, avec deux chevaux Ivoire et Espoir prêtés par le président de l’association italienne Marco Morra. Ils ont fait escale la veille chez un des éleveurs piliers de la race en Ariège : Xavier Paquin du domaine de Sié. Et celui ci bien sûr a tenu à les escorter pour cette première étape hautement symbolique. C’est donc neuf chevaux de Mérens avec leurs cavaliers que le Père Mario s’apprête à bénir , il trempe son goupillon dans l’eau bénite et asperge chevaux et gens en prononçant les paroles de bénédiction en latin. Les flashes crépitent, tout le monde se signe, même s’ils ne sont pas très croyants, ils sont sûrs que çà leur portera chance !!!
Il y a dans l’assistance Albert Péré, adjoint au maire de Mirepoix, J Pierre Alzieu président du Sherpa et aussi Didier Icre qui a été longtemps président… On reconnaît dans les cavaliers Sophie et Sylvie Alzieu, Isabelle et Xavier Paquin, Charlotte et il y a même deux cavalières allemandes en visite dans l’Ariège et qui apprécie fort cette aventure !
Le père Ottaviani convie les cavaliers à assister à la messe , et les italiens auront même droit, à la fin, à la traduction du sermon dans leur langue !!! En effet Monsieur le curé de Mirepoix est transalpin et est visiblement ravi de rencontrer des compatriotes. Il raconte son enfance à Manses à la ferme de Berbiac où il travaillait la terre avec des chevaux ; comment il allait à la messe de Teilhet sur le dos de sa jument de trait. Il l’attachait devant l’église et pendant l’office, il arrivait qu’elle s’impatiente et commence à hennir. Le curé de Teilhet savait alors qu’il lui fallait accélérer la cérémonie !
Petit rappel : pourquoi des Mérens en Italie ? Car depuis une dizaine d’années, notre fier cheval ariégeois est devenu l’emblème des vallées alpines du VallMaire, Vall Varaita, etc ; ils sont régionalistes, ils se veulent avant tout occitans, cultivent avec passion leurs traditions (danses, chants, musique..) et ont annexé le Mérens comme leur cheval puisque c’est un cheval occitan. Maintenant il y a bien une centaine de juments de mérens dans cette belle région que surplombe le Mont Viso ; avec transhumance des troupeaux , concours de race à l’image de Bouan et une ambiance des plus festives !
Pour l’instant , le moment des adieux est venu ; la troupe se disperse, rendez vous est pris pour l’ étape du retour afin de relater cette aventure aux cousins d’Ariège plus sédentaires….Chose qui fut faite deux mois plus tard avec des chevaux en parfait état et des cavaliers ravis de leur aventure et de l’esprit de ce pèlerinage.
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Transhumance 2005
TRANSHUMANCE : des estives de l’Aston au domaine de SIE

Depuis 1986, après la saison d’estive, nous ramenons notre jumenterie à cheval jusqu’à la maison : c’est plus économique vu le coût des camions, formateur pour les poulains et les chevaux qui passeront partout, et c’est l’occasion aussi pour nous de nous retrouver pour une aventure exceptionnelle : 100 km (à vol d’oiseau), quatre jours de randonnée…
1er novembre 2005 : La Toussaint est la date limite pour laisser nos juments en montagne. Au-delà il y a trop de risques avec la neige et le mauvais temps qui peuvent bloquer tout le troupeau en altitude
Cette année, nous avons bien profité d’un automne exceptionnellement beau, mais il ne faut plus tarder !
Vendredi 27 octobre 2005 : mobilisation générale nous nous retrouvons tous à la montagne d’Aston pour trier nos juments et les conduire à la première étape, c’est à dire à la jasse de Sigueille. Présentation des troupes : xavier Paquin avec pour la première fois ses deux enfants Raphaël et Isabelle (vive les vacances scolaires !), Jean Pierre, son fils Vincent, Alexandre, Laurent, Jeff et Charlotte…tous sont éleveurs et cavaliers chevronnés. Avec un ami photographe-cameraman qui nous suit depuis toujours : Pod…. Pour les chevaux montés, il y a d’une part les « confirmés », avec des juments qui ont déjà fait plusieurs fois la transhumance et d’autre part les jeunes chevaux que nous venons de dresser et qui travailleront à mi-temps pour leur première grande expérience …Premier bivouac à la grange de Sigueille : traditionnellement, c’est là que nous rejoignent les autres éleveurs de la montagne. Merci à Marcel et Jeanine Papy, Marie et Didier Icre, et Célestin Carrière, et aux autres, la veillée est toujours aussi sympa autour d’un bon feu et de quelques bouteilles pour se réchauffer
Le lendemain matin, avant le jour, tout doit être prêt pour démarrer à l’aube…heureusement que Marcel Papy nous attend avec un bon café à Verdun : petite pause bien appréciée, les juments ont un carré d’herbe et ne bougent pas
C’est ensuite la longue montée par la route qui grimpe vers la corniche
Quelques raccourcis pour éviter les interminables lacets…. Au granges d’Endoumens, nous retrouvons pour le pique nique de midi (convoyé par Bernadette) Marcel Papy, et Michel Vidal ravi d’être là (vous le connaissez tous, c’est lui l’auteur du livre le Mérens Prince noir d’Ariège)
L’après midi est toujours aussi terrible physiquement : il faut monter en pleine soulane, en plein soleil, d’abord sur la piste pastorale de Cazenave, ensuite au milieu des rhododendrons et bruyéres vers le col d’Ayguetortes, pas de sentier, une fois au col, il faut rester en courbe de niveau (et les juments ne pensent qu’à redescendre) pour atteindre la cabane de Bentoula, la plus proche du Mont Fourcat, ce belvédère qui, à 2000 m, permet une vue panoramique sur toute les Pyrénées….Mais il faut absolument ne pas perdre de temps, car l’étape est très longue… et le plus difficile est de trouver le passage au milieu des dalles de schistes glissantes, passage aérien qui nous permet de redescendre côté nord,… ouf çà y est, les juments et leurs poulains déferlent vers le cirque déjà gagné par l’ombre, traversée de la face nord et une fois arrivés au Coulobre, nous ajoutons une pierre aux « trois hommes », trois immenses cairns dressés depuis toujours dans cet endroit solitaire pour le salut des égarés dans la brume (cela nous est déjà arrivé) et nous pressons le pas pour arriver à la halte du soir chez notre ami Jacques Labau, berger à la cabane du Prat Moussu. Soirée géniale ; nous ont rejoint deux jeunes couples d’apprentis bergers avec gâteaux, châtaignes, et pleins d’histoires…. Nuit étoilée, départ aux aurores, on rejoint la civilisation au col de la Lauze, après avoir croisé un autre troupeau de mérens et quelques sangliers…Descente dans la hêtraie flamboyante des roux d’automne ; le château de Montségur se dresse au-dessus de nous, on pique ensuite droit dans la forêt pour rejoindre la nationale qui relie Lavelanet à Tarascon pour une cavalcade dans la circulation des voitures ébahies sur 1 km.
Pique nique au domaine de Tony … et nous continuons vers les gorges de Péreille : lieu magnifique, ambiance western, on pense à chaque moment que les indiens vont nous attaquer…. On débouche sains et saufs dans les vastes carrières de Raissac ; ce sont vraiment les portes d’entrée majestueuses de la montagne depuis le Pays d’Olmes, ensuite nous empruntons les petites routes peu fréquentées et les petits villages et hameaux comme Lieurac, Apy pour rejoindre enfin Dun, notre étape de ce soir avant la nuit. Les juments sont très fatiguées et que dire des poulains ! A chaque halte ils se précipitent vers leur mère pour téter goulûment et rattraper les tétées perdues… Pour eux les vertus pédagogiques de la transhumance sont énormes. On repère les courageux, les froussards, les malins, les profiteurs (qui tètent plusieurs mères) les futés, les peurs de rien !!!!! Ils apprennent tous à n’avoir peur ni des voitures, ni des traversées de village, ni des incidents de parcours, ni des chiens, vaches, bicyclettes et autres terribles obstacles…Ils apprennent aussi à avoir confiance dans ces étranges bipèdes qui montent sur leur maman et qui profitent de chaque occasion pour les tripoter. Nuit réparatrice à Dun et démarrage à l’aube
Direction de l’ancien castrum de Dun et nous prenons les anciens sentiers de contrebande qui mènent à travers les coteaux vers le petit village de Senesse de Sennebugue. Cà sent l’écurie, le rythme s’accélère, c’est la traditionnelle galopade vers la chapelle, au grand dam des rares habitants qui ferment leurs volets précipitamment….
Nous retrouvons la nationale à Besset, pour quelques dizaines de mètres heureusement, et nous piquons droit vers la rivière de l’Hers, en basses eaux, première traversée prudente car il peut y avoir des trous assez profonds et, même si bêtes et gens savent nager, tous hésitent à se mouiller…Puis une deuxième traversée à fond la caisse, pour le fun, en poussant de grands cris et en éclaboussant tout !!!!
Bêtes et gens se retrouvent maintenant en territoire connu : Mazerettes et la route qui mène au domaine de Sié….Enfin l’arrivée !! C’est le mélange des troupeaux avec les pouliches et les vieilles juments qui sont restées à la maison pendant l’été ; elles sont toutes émoustillées avec cette venue des transhumantes….
Les jeunes chevaux et les jeunes cavaliers sont harassés, mais heureux et enrichis de cette expérience incomparable, xavier et Simone sont soulagés : bêtes et gens sont en bonne santé et tout le monde s’est régalé.
A l’année prochaine pour de nouvelles aventures !
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